Confiance
Confiance en soi et estime de soi : deux notions liées, mais différentes
Chez l’adolescent, confiance en soi et estime de soi sont souvent associées. Pourtant, elles ne se situent pas exactement au même niveau. La confiance se manifeste dans le FAIRE : oser agir, essayer, apprendre, recommencer et se confronter à une difficulté. L’estime de soi concerne davantage l’ÊTRE : le regard que le jeune porte sur lui-même et la valeur qu’il s’accorde.
« Je me sens capable d’essayer, d’agir, d’apprendre,
de progresser ou de faire face à une difficulté. »
La confiance se construit notamment à travers l’expérience :
faire, constater ses progrès et découvrir progressivement
ce dont on est capable.
« Quelle valeur est-ce que je m’accorde ?
Quel regard est-ce que je porte sur moi-même ? »
L’estime de soi concerne la valeur que le jeune s’accorde : la manière dont il se considère, s’apprécie et reconnaît sa propre valeur, au-delà de ce qu’il réussit ou ne réussit pas.
En agissant, le jeune peut vivre des expériences, observer ses progrès et prendre conscience de ses capacités. Ces expériences peuvent renforcer sa confiance en lui et, progressivement, contribuer à nourrir l’estime qu’il se porte.
Comment la confiance dans le FAIRE peut-elle se fragiliser ?
La confiance ne dépend pas seulement de ce que le jeune sait faire. Elle se construit aussi à partir de ce qu’il vit, de la manière dont il interprète ses expériences et de ce qu’il pense pouvoir réussir. À force de difficultés ou d’expériences vécues comme des échecs, il peut progressivement hésiter à agir, éviter certaines situations ou ne plus oser essayer.
Des difficultés répétées peuvent conduire le jeune à anticiper un nouvel échec : « À quoi bon essayer puisque je n’y arrive jamais ? » Ce n’est alors plus seulement la difficulté présente qui compte, mais ce qu’il a appris à attendre de la situation.
Lorsque réussir signifie devoir réussir parfaitement, une performance pourtant satisfaisante peut être vécue comme insuffisante. Le jeune dispose alors de peu d’occasions de reconnaître ses progrès et ses compétences.
Se comparer en permanence peut déplacer le repère : le jeune n’évalue plus ce qu’il sait faire ou les progrès qu’il accomplit, mais uniquement l’écart qu’il perçoit entre lui et les autres.
Ne pas participer, repousser une tâche ou renoncer avant d’essayer peut permettre au jeune d’éviter momentanément la confrontation à l’échec et lui donner le sentiment de protéger ainsi son estime de soi. Mais l’évitement le prive aussi d’expériences susceptibles de lui montrer qu’il peut faire face, apprendre et progresser.
moins le jeune ose faire, moins il rencontre d’occasions d’expérimenter ses capacités ; et moins il dispose d’expériences sur lesquelles construire sa confiance.
Quels signes peuvent évoquer une confiance fragilisée ?
Il n’existe pas un comportement qui permette, à lui seul, de conclure qu’un adolescent manque de confiance en lui. En revanche, lorsque certains signes se répètent dans différentes situations, ils peuvent inviter à chercher ce qui freine le jeune dans le FAIRE.
Il ne participe plus, refuse une activité, reporte une tâche ou préfère ne pas essayer lorsqu’il existe un risque de difficulté ou d’échec.
« Je n’y arriverai pas », « je ne sais pas faire », « ça ne sert à rien d’essayer »… Ces paroles renseignent davantage sur ce qu’il pense pouvoir faire que sur ses capacités réelles.
Une erreur ou un résultat inférieur à ses attentes peut prendre une importance disproportionnée. Le progrès devient difficile à reconnaître lorsque seul le résultat final compte.
« Tout le monde y arrive sauf moi », « lui est meilleur »… Ses propres progrès passent au second plan au profit d’une comparaison permanente.
Il peut privilégier les situations dans lesquelles il se sent sûr de réussir et éviter celles qui demanderaient d’apprendre, de tâtonner ou de prendre un risque.
Face à une difficulté, il peut abandonner avant d’avoir réellement exploré différentes stratégies ou demandé de l’aide.
Un même comportement peut avoir des causes très différentes : fatigue, anxiété, difficulté réelle, manque d’intérêt, peur du regard des autres, incompréhension de la consigne ou confiance fragilisée. C’est la répétition des situations et leur contexte qui permettent progressivement de mieux comprendre ce qui se joue.
Comment aider un adolescent à reconstruire sa confiance ?
La confiance peut se développer lorsque le jeune retrouve des occasions d’agir et de faire l’expérience de ses propres capacités. L’enjeu n’est pas de lui garantir qu’il réussira tout, mais de lui permettre d’essayer, d’ajuster ses stratégies, de constater ses progrès et de découvrir qu’une difficulté peut être affrontée.
Un objectif suffisamment exigeant pour représenter un défi, mais suffisamment accessible pour permettre au jeune d’agir, peut constituer un premier point d’appui. Il pourra ensuite augmenter progressivement la difficulté.
Qu’a-t-il essayé ? Qu’a-t-il modifié ? Qu’est-ce qui a mieux fonctionné ? Porter attention aux stratégies utilisées permet de montrer que le résultat n’est pas la seule information intéressante.
Les progrès sont parfois trop progressifs pour être spontanément perçus. Comparer ce que le jeune parvient à faire aujourd’hui avec ce qu’il faisait auparavant peut l’aider à prendre conscience du chemin parcouru.
Une erreur peut être examinée comme une information : qu’est-ce qui n’a pas fonctionné, pourquoi, et que peut-on essayer autrement ? Elle devient alors une étape du processus d’apprentissage plutôt qu’un verdict sur les capacités du jeune.
Choisir une stratégie, prendre une décision ou déterminer une première étape permet au jeune de ne pas être uniquement celui à qui l’on dit quoi faire. Il devient progressivement acteur de ce qu’il entreprend.
La confiance peut se construire dans cette succession d’expériences : agir, observer ce qui se passe, modifier ce qui doit l’être et essayer à nouveau. Le jeune accumule ainsi ses propres repères sur ce dont il est capable.
Le regard encourageant d’un adulte peut compter, mais il ne remplace pas l’expérience vécue par le jeune. Lorsqu’il peut se dire « j’ai essayé », « j’ai progressé » ou « j’ai réussi à faire face », il dispose de ses propres éléments pour construire sa confiance.
Quand les difficultés scolaires finissent par toucher l’image de soi
Une difficulté scolaire concerne d’abord une situation : un exercice que l’on ne comprend pas, une méthode qui ne fonctionne pas, une mauvaise note, un examen raté ou une compétence qui n’est pas encore acquise. Elle ne dit pas, à elle seule, ce que vaut le jeune.
Mais lorsque les difficultés se répètent, qu’elles occupent une place importante dans son quotidien ou qu’elles sont vécues comme la preuve d’une incapacité, le regard porté sur le FAIRE peut progressivement déborder sur le regard porté sur l’ÊTRE.
Le jeune décrit ici un résultat ou une situation précise. On peut chercher ce qui s’est passé, comprendre les difficultés rencontrées et envisager ce qui pourrait être modifié.
Le jugement ne porte plus seulement sur ce qui s’est passé. Il devient global et concerne la personne elle-même. Une difficulté dans le FAIRE est alors utilisée pour définir l’ÊTRE.
« Je n’ai pas réussi » décrit une expérience.
« Je ne suis pas capable » traduit une perception de ses capacités.
« Je suis nul » porte un jugement beaucoup plus global sur soi.
Ces trois formulations ne disent donc pas la même chose et n’appellent pas nécessairement la même réponse.
L’enjeu peut alors être de l’aider à remettre la difficulté à sa juste place : identifier ce qui relève d’un apprentissage, d’une méthode, d’une situation ou d’une compétence à développer, sans laisser cette difficulté devenir une définition globale de lui-même.
Retrouver des expériences sur lesquelles construire sa confiance
L’accompagnement ne consiste pas à demander au jeune d’avoir confiance en lui. Il vise notamment à comprendre ce qui le freine, à identifier ses ressources et à créer des situations dans lesquelles il peut redevenir acteur.
Identifier les situations dans lesquelles le jeune doute, évite ou renonce, sans conclure trop rapidement sur leurs causes.
Définir des objectifs accessibles et permettre au jeune d’essayer différentes stratégies dans des situations concrètes.
Rendre visibles les progrès, les ressources mobilisées et les capacités que le jeune ne reconnaît pas toujours spontanément.
S’appuyer progressivement sur ces expériences pour aborder de nouvelles situations avec davantage de confiance et d’autonomie.
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